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︎ the shell around my self, 2021





la vague





étude des vagues d’émotions par le prisme de l’hypersensibilité


            vague nom féminin

- onde forcée produite par effet de friction du vent à la surface de la mer ou d’un lac

- manifestation ample et subite d’un sentiment







            Un mouvement sur la surface de l’eau, un mouvement dans mon corps. Elle est arrivée sans prévenir et son bref passage n’a pas été sans effet.







        Jeanne

 


        Je pense que c’est vraiment difficile de donner une idée un peu tranchée de ce que peut être l’hypersensibilité. Si je devais choisir une image, ça serait peut-être celle d’une corde sensible qui vibre en permanence.


J’ai pour souvenir de nombreux instants lors desquels je me suis sentie vraiment submergée par cette sensibilité. Cette corde sensible a tendance à vibrer parfois bien plus fort que d’autres sans prévenir et ça peut se matérialiser concrètement, comme on l’attend d’une grande émotion, par des larmes, des tremblements, l’impression qu’un puissant fond se creuse en toi et te traverse. C’est tellement vertigineux que ça donne l’impression d’un trop-plein, paradoxalement. C’est comme une vague qui te déstabilise, qui te renverse ou qui t’inonde. Ça peut durer seulement quelques minutes voire une fraction de seconde. Et c’est la persistance de ces vagues d’émotions sur le long terme qui permet de donner une idée de ce que peut être l’hypersensibilité dans son ensemble.


Dans une société qu’on peut qualifier d’hyposensible à l’inverse, tu crois que tu es seul face à un truc qui est plus grand, plus puissant que toi et qui te ramasse d’un coup.







Mes émotions m’ont comme soulevée d’un coup et rabattue sur terre. C’était comme si je déraillais complètement et que mes os s’étaient brisés en même temps à l’intérieur de moi.

        Tu connais les tempêtes au Pays-Basque ? J’ai vu des vagues enragées qui s’explosent sur les digues, sur les rochers. Et peu importe qu’il y ait des barrières, des infrastructures, c’est un phénomène qui est hyper méprisant. C’est d’une violence incroyable. Et là c’était pareil mais contre mes côtes. »





Nous sommes exposés à des stimuli en permanence, et d’eux découlent nos émotions. C’est notre façon de réagir à ces événements extérieurs qui dessine notre personnalité.


Il est difficile de mettre en mots des émotions car il n’existe pas plus subjectif. Les concepts que l’on met sur nos émotions sont peu précis et on se retrouve souvent “à court de mots” quand on essaye de décrire ce qui se passe à l’intérieur. J’ai demandé à quelques personnes de me décrire une vague d’émotion qui les a submergés, et ils se sont tous répétés assez vite.


Ainsi, comme le fait Jeanne, on a recours à l’analogie. Elle nous permet d’imager l’indescriptible par une sorte de système parallèle. Notre cerveau fait volontiers une association de deux concepts essentiellement différents. Nous utilisons les caractéristiques propres à un des deux concepts pour enrichir notre compréhension de l’autre.


Dans Romantisme ou classicisme ?, Danielle Dupuis écrit : « Les mots de tous les jours sont, à l’évidence, incapables de traduire des situations, des sentiments et des émotions exceptionnels dans leur nature et leur intensité. Lucienne Frappier-Mazur confirme d’ailleurs cela en observant que « la densité métaphorique augmente dans les œuvres centrées sur la peinture des passions ».




L’homme et la mer



Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes ;
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, ô frères implacables !


Charles Baudelaire - Les Fleurs du mal









« À quoi sert donc que tu broies tes couleurs, que tu prennes ton pinceau, que tu épuises toutes les ressources de ton art, si tu m’affectes moins qu’une gazette ? »
            -Diderot


Je pense que l’appareil photo c’est un intermédiaire qui te permet de canaliser tes gestes, ton esprit, tes émotions. Ça te permet de ré-intellectualiser le moment et de retrouver un certain équilibre. »
-Jeanne              






Être hypersensible c’est la dualité de la vague.
puissante et destructrice,
mais fragile et douce.








Se trouver au milieu des vagues a un côté onirique. Terreur et extase rôdent toutes deux ensemble, menaçant de submerger le rêveur.
-William Finnegan





équilibre


« juste proportion entre des choses opposées ; état de stabilité ou d’harmonie qui en résulte ».